Malifaux est-il pour vous ?

Échelle, figurines, mécanique et style… on passe en revue les grandes spécificités de Malifaux pour savoir si ce jeu est pour vous !

Si vous êtes comme moi et que vous naviguez dans le monde des wargames depuis quelques années, vous avez certainement au moins entendu parler de « Malifaux ». Publié en 2009, ce jeu d’escarmouches atypique qui mêle steampunk, western et horreur gothique en est aujourd’hui à sa troisième édition ! Tout ça c’est bien beau, mais… est-ce pour vous ?

L’échelle et les figurines

Tout d’abord, on est sur un jeu d’escarmouches en 32 mm. Donc vous n’aurez pas à assembler et peindre des dizaines de figurines pour votre armée. À Malifaux, vous dirigez une dizaine d’individus qui forment votre Bande (« Crew »), et ce terme est très approprié (on en reparlera). Les figurines sont très variées, toutes différentes et dans un style très reconnaissable. Fini cette impression de peindre 40 fois la même figurine avec pour seule différence la mèche de cheveux qui part à droite ou à gauche. Personnellement j’ai toujours été de ceux qui voient la peinture plus comme un mal nécessaire qu’une part du hobby, mais le cachet de celles-ci m’a vraiment donné envie de m’y mettre !

Centré sur les personnages

La majorité des figurines de Malifaux représentent des individus uniques, avec leurs propres capacités et actions spécifiques. Bien entendu il existe des personnages plus génériques appelés Sbires (« Minions ») dont vous pourrez avoir de 1 à 3 exemplaires, mais ils ne seront que rarement la majorité parmi votre Bande. On a plus l’impression de diriger un groupe d’aventuriers tirés d’un Jeu de Rôles que de commander un détachement de guerriers avec autant d’individualité que les casseroles d’une batterie de cuisine.

On joue avec des cartes

Vous blâmez les dés pour votre malchance ? Cassez la routine et prenez-vous en aux cartes à la place !

L’utilisation de cartes apporte des possibilités que les dés n’offrent pas et c’est le cœur de la mécanique du jeu. À chaque test (appelé Duel) on retourne une carte de la pioche (plusieurs cartes s’il y a des modificateurs). On y ajoute la valeur d’une des caractéristiques du personnage. Bon, jusque-là c’est pareil qu’avec des dés. C’est après que c’est intéressant. Si la carte ne nous convient pas, on peut la remplacer par une des 6 qu’on a en main ! Cela s’appelle Tromper le Destin (« Cheat Fate »). Certaines capacités demanderont parfois à vous ou à votre adversaire de défausser une carte en main. Ces 6 cartes sont donc aussi une ressource à gérer.

Si un paquet de cartes normales (avec les 2 jokers) est tout à fait suffisant pour jouer, l’éditeur nous propose des paquets de cartes adaptés aux symboles (et valeurs) de Malifaux ! Il y a des paquets aux effigies des différentes factions qui reprennent des images des principaux personnages de cette faction. D’autres paquets sont voulus génériques et ne référencent donc aucun camp ou figurine en particulier. Faites cependant attention, la qualité du carton est plutôt inégale. Certains paquets demanderont des pochettes pour résister à un usage intensif.

On joue un scénario, pas un jeu de massacre

Si des personnages vont certainement mourir pendant la partie, la violence n’est en général pas gratuite dans Malifaux. Elle est un moyen parmi d’autres d’arriver à ses fins. Une partie se gagne aux Points de Victoire dont la moitié est déterminée par le scénario. L’autre moitié se choisit secrètement par chaque joueur, sous la forme de deux Combines (« Schemes ») parmi une liste composée aléatoirement. Si certaines de ces Combines vont demander d’éliminer ou de blesser une figurine adverse, d’autres impliquent au contraire qu’elle survive jusqu’à la fin de la partie. Enfin la majorité repose principalement sur le fait d’avoir amené un membre de votre Bande quelque part. Cela peut être dans la zone de déploiement adverse, aux coins de la table, etc. Il peut même arriver qu’un joueur gagne alors qu’il a perdu toutes ses figurines !

Marqueurs de cadavre
par ChimericDesignGames

Le nombre de morts sera très variable selon les Bandes en présence. On s’attend évidemment à un carnage quand un groupe de marshals et d’exorcistes mené par « Lady Justice » (une aveugle avec une épée à 2 mains, qu’est-ce qui pourrait mal se passer ?) affronte la Bande de « Seamus ». C’est le Jack l’Évantreur local. Il utilise le meurtre et la nécromancie comme moyen de recrutement … Ouais, le terme ressources humaines prend un sens nouveau. En tout cas on s’imagine plus de morts que quand une bande d’avocats, de scribes et de faux témoins menés par un politicien (« Lucius Mattheson ») rencontre les journalistes et la presse locale (littéralement, il y a une presse d’imprimerie steampunk comme personnage) dirigés par leur rédac’ en chef (« Nellie Cochrane »)… Moins de morts sûrement, mais autant de victimes !

On crée sa Bande selon son adversaire

À Malifaux, on ne crée sa liste qu’après avoir pris connaissance d’abord du scénario et ensuite de qui est le Chef (« Master ») de la liste adverse. Ce point n’est sans doute pas particulièrement intéressant pour quelqu’un qui débute. On ne peut en tirer avantage qu’une fois qu’on a de quoi faire plusieurs Bandes dans sa collection. Et il faut connaître les capacités globales des Chefs. Mais cela permet de ne jamais se retrouver à jouer un scénario avec une liste construite pour un autre !

Une base simple mais de la profondeur tactique

La mécanique de base de Malifaux est épurée. Chaque joueur active une figurine à tour de rôle, celle-ci peut effectuer 2 actions (3 pour les Chefs) plus une action bonus. Les actions communes sont Marche, Charge, Désengagement (pour quitter un corps-à-corps), Concentration (qui donnera un bonus pour un duel futur), Assistance (aider un allié à enlever un état, par exemple « Distrait ») et Interaction (s’utilise en rapport avec les Combines et le scénario). À cela s’ajoutent les actions inscrites sur la fiche du personnage : des attaques et des actions tactiques. Ces dernières sont les plus variées du jeu et peuvent soigner, imposer des états, ou encore faire bouger des figurines alliées ou adverses.

Ces actions spécifiques aux personnages font tout le sel du jeu, dont les règles sont par ailleurs assez simples. Elles donnent à Malifaux toute sa dimension tactique. Votre Sbire est trop loin pour pouvoir faire cette Interaction qui vous ferait gagner le Point de Victoire qui manque ? Et si d’abord vous l’attaquiez avec cette autre figurine dont la capacité lui permet de pousser ses cibles de quelques pouces ? Un bon plan, mais votre adversaire va peut-être essayer d’éliminer votre Sbire blessé avant son activation !

Comme si on faisait un casse

La meilleure comparaison que je puisse trouver pour une partie de Malifaux, c’est un casse. Et on en revient enfin à cette notion de Bande (« Crew ») si bien choisie. Car sa Bande, son équipe, on peut la recruter en fonction du job à effectuer. Chaque membre aura son rôle à jouer pour que le plan se déroule avec le moins d’accrocs possible.
Selon le scénario, les Combines disponibles, le choix du Chef de chacun et enfin le recrutement des membres de la Bande, on pourra avoir une impression allant de l’attaque d’un train à un braquage de banque, voire d’un casse dans un casino par une douzaine de voleurs recrutés par un type qui s’appelle Danny…

Un bémol cependant

Il y a une chose que je me dois de mentionner et qui pourrait teinter de gris ce portrait jusqu’ici haut en couleurs de Malifaux.
Je mentionnais « Seamus » plus haut. Tout comme son inspiration, ses victimes sont des femmes et donc ses acolytes réanimés également… Et leur tenue est très souvent légère. Et ce n’est pas un cas isolé dans la gamme du jeu.
Si le macabre et dérangeant se justifient pleinement dans le thème partiellement gothique horreur de l’univers, et si d’un autre côté il y a des représentations de femmes qui n’ont rien à envier à leurs homologues masculins, certaines représentations et la thématique de « Seamus » en particulier vont choquer certaines sensibilités et font ressortir chez d’autres (au moins sur le net) une forme de violence misogyne sous couvert d’humour.

Un autre personnage du jeu s’habille d’une tenue que je qualifierais au minimum de ‘caricature ethnique’. Cette forme de racisme ordinaire est malheureusement pratiquement gravée dans l’histoire et le style du personnage…
Votre entourage ludique est, je l’espère pour vous, plus respectueux de ces questions que les sombres recoins du web que j’ai pu lire. Si c’est le cas, ou que le risque d’être confronté à ce genre de comportement ne suffit pas à vous en détourner, je vous invite à ne pas faire l’impasse sur cet autrement formidable jeu et univers.

Conclusion

Malifaux Transdimensional Express
par Customeeple

Si certains de ces arguments vous mettent l’eau à la bouche, je vous encourage à prendre un billet de train à vapeur direction Malifaux et de passer le portail vers cet autre monde !
En plus, vous n’avez pas besoin d’investir pour tester si vous ne connaissez personne autour de vous qui y joue : les règles sont disponibles en PDF gratuitement et il y a une application avec les fiches des personnages qui ne coûte pas un kopeck non plus (et qui permet de gérer ses listes). Il ne vous manquera qu’un jeu de cartes par personne, et quelques figurines et pions.
Il existe également un module Tabletop Simulator qui contient tout le nécessaire !