Viser l’excellence à Star Wars: Legion : échange avec Andrew Terrell, champion du Royaume-Uni

Interview exclusive d’Andrew Terrell, champion britannique de Star Wars: Legion, qui partage ses conseils pour progresser dans le jeu.

Dans la communauté Star Wars: Legion, certains visages se distinguent autant par leur talent que par leur investissement. Ce sont ces passionnés qui ne se contentent pas d’enchaîner les victoires, mais qui partagent leur savoir, organisent des tournois d’envergure et soudent la communauté avec une générosité rare. J’ai eu la chance de m’entretenir avec l’un de ces pilliers: Andrew Terrell: Champion du Royaume-Uni, organisateur du Chopper Base Open et voix du podcast That’s No Moon. Dans cette interview, Andrew revient sur son parcours de joueur et livre ses clés pour progresser du rang de Padawan au rang de Maître dans Star Wars: Légion.

Le joueur, le podcasteur et l’organisateur

Jack Brussell : Salut Andrew ! Ravi que nous ayons pu concrétiser cet entretien. Pour nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore, pourrais-tu nous brosser ton portrait de joueur et ton palmarès sur Star Wars: Legion ?

Andrew Terrell : Hello ! Je m’appelle Andrew Terrell (né en 1987). Certains me connaissent probablement aussi sous le pseudo AJST. Je vis au Royaume-Uni dans les environs de Cambridge. Je porte plusieurs casquettes : j’organise le Chopper Base Open (anciennement connu sous le nom de Milton Keynes GT) ainsi que le World Team Championship (WTC). Quand je ne suis pas en train d’organiser ou de pousser du plastique, je tiens le micro du podcast That’s No Moon avec mes compères Oliver Dier et Cockles Faulkner.

Mon palmarès sur Legion comprend deux titres de champion du Royaume-Uni (UK Games Expo) et une 4ème place au Championnat du Monde en 2023, ce qui reste mon meilleur résultat à ce jour. Bon, on oubliera s’il vous plaît l’année suivante où j’ai terminé 61e (rires). Heureusement, j’ai redressé la barre en 2025 en intégrant à nouveau le top 10.

Premiers pas

Peux tu nous raconter comment ton aventure dans les wargames a commencée ? Quand as-tu découvert les wargames, et par quels jeux es-tu passé à tes débuts ?

J’ai découvert les jeux de figurines très jeune, vers 8 ou 9 ans, avec Warhammer Fantasy. Mes premières figurines étaient des Gobelins. J’avais acheté une boîte de lanciers et d’archers, quelque chose comme 10 exemplaires de chaque ou un truc du genre. Ceci m’a poussé à jouer la faction des Orques, à achater plus de figurines pour jouer avec des armées de plus en plus grandes. Par la suite, j’ai basculé sur 40k. Durant ces années, je jouais dès que j’avais une minute de libre. Je vivais et respirais wargame. Je détestais peindre par contre.

À 18 ans, l’entrée à l’université a redistribué mes priorités : j’ai découvert les joies de la vie étudiante, les sorties et les filles… 😅 Le wargame a donc été mis au placard pendant de longues années.

Mais le hobby a fini par te rattraper. Comment en es-tu arrivé à jouer à Star Wars Légion ?

Oui tout à fait. Je me suis replongé dans les jeux de figurines avec Star Wars: X-Wing, littéralement deux semaines avant le passage à la V2. C’est un excellent jeu tactique et, surtout, le pré-peint était un soulagement immense pour moi. 😮‍💨 Puis Legion a été annoncé. Pour moi, c’était la synthèse parfaite : l’univers Star Wars couplé à un jeu de plateau à grande échelle qui rappelait Warhammer. J’ai mordu à l’hameçon immédiatement.

Je me suis investi corps et âme dans ce jeu. Il y avait une boutique près de chez moi et j’y passais mes soirées à faire des démos. Ou plutôt à attendre que des gens viennent me demander une démo. Je posais un TR-TT sur la table et les gens me disaient « Waw, c’est cool ! C’est quoi comme jeu ? Je peux y jouer ? » et je leur répondais « Oui bien sur, les gars ! Vous pouvez jouer avec mes figurines, ça me fait plaisir« . Je leur expliquais les règles et je les regardais s’amuser à incarner le rôle de commandant. J’ai sacrifié beaucoup de soirées, non pas pour jouer moi-même, mais pour attirer de nouveaux joueurs. Je ne le regrette pas car cela en valait la peine : plus la communauté grandissait, plus j’avais d’adversaires contre qui jouer.

Attirer de nouveaux joueurs dans ce merveilleux jeu est un défi un peu partout dans le monde, et la Belgique ne fait pas exception. Construire une communauté peut être un vrai défi, et toutes les tentatives ne réussissent pas. Alors, laissez-moi te poser une question un peu délicate. Pourquoi avoir choisi Legion plutôt que le « géant » Warhammer 40,000, qui offre pourtant un confort d’accès et une masse de joueurs incomparables ? Qu’est-ce qui t’a poussé à emprunter ce chemin plus exigeant, celui d’un jeu de niche ?

Pour le gameplay, tout simplement. J’adore les activations alternées de Star Wars: Legion. C’est une mécanique que j’apprécie aussi dans ASOIAF ou Bolt Action. À l’inverse, si je suis fan du lore et des romans 40k, je n’adhère pas à ses mécaniques de jeu. Certes, je pourrais trouver un partenaire de jeu n’importe où et n’importe quand avec 40k, mais le plaisir de jeu pur reste ma priorité, avant-même la facilité logistique 😊.

De Padawan à Jedi

Te souviens-tu du moment où tu as commencé à enchaîner les victoires et où tu es vraiment devenu un joueur solide ? Quel a été le déclic qui t’a fait passer de débutant à intermédiaire, puis d’intermédiaire à joueur de haut niveau ?

Le tournant a eu lieu lors de mon premier tournoi. Je me débrouillais bien localement, donc j’étais assez confiant de mes capacités… mais j’ai pris une douche froide. C’est là que j’ai compris une vérité cruelle : pour gagner, il faut cesser de « jouer ce qu’on aime » pour « jouer ce qui est fort ». Et malheureusement, jouer la méta n’est pas toujours ce qui te plait le plus.

J’ai aussi compris qu’avoir un seul exemplaire de chaque unité ne suffisait plus. Pour optimiser, il faut multiplier les doublons d’unités clés. C’est un coût, tant financier que psychologique, mais c’est le prix de l’excellence en compétition.

La transition finale s’est faite quand j’ai commencé à bloguer et à écrire mes rapports de bataille. En décortiquant mes tactiques par écrit, je mettais mes propres erreurs en évidence. Des joueurs, que je considérais comme des joueurs d’élite à l’époque, commentaient mes posts et m’apportaient des conseils qui m’ont permis d’affiner mon jeu. J’ai testé ces idées en boutique et mes résultats ont progressé petit à petit, tournoi après tournoi.

Avec un peu de pratique, les débutants finissent généralement par devenir des joueurs intermédiaires. En revanche, rien ne garantit le passage du niveau intermédiaire à celui de compétiteur de haut niveau. Quels conseils donnerais-tu à des joueurs expérimentés qui peinent à améliorer leurs résultats en tournoi et qui ont l’impression de stagner dans leur approche tactique du jeu ?

N’ayez pas peur de solliciter les autres. L’année dernière, je luttais pour faire tourner une liste Droïdes avant les Mondiaux. Je voulais jouer Grievous, et j’ai essayé plusieurs combinaisons (avec Dooku d’abord, puis Asajj) mais je ne parvenais pas à trouver une intéraction bien huilée et performante.

J’ai donc fini par contacter des joueurs britanniques et américains pour leur demander comment ils utiliseraient la liste, et surtout pourquoi ils l’utiliseraient de cette manière. C’est la question fondamentale. Ce qui sépare le joueur moyen de l’excellent joueur, c’est la compréhension profonde de sa liste d’armée et de la synergie des unités qui la composent.

Par exemple, pourquoi tout le monde joue Grievous sur sa moto-roue TSMEU-6 actuellement ? Parce qu’il peut frapper fort au tour 2 (voire dès le premier tour selon la mission) et paralyser de nombreuses unités adverses avec la suppression. Cela signifie qu’elles ne pourront pas scorer des objectifs ou ne pourront pas se déplacer et tirer lors de la même activation (voire même ne rien faire du tout si elles paniquent).

Si tu devais classer, par ordre d’importance, les grands paramètres de jeu suivants, quel serait ton classement ?

PositionnementListe d’arméeÉconomie d’activation
Phase de commandementAttritionObjectifs
DéploiementAdaptabilitéPlan de jeu

Le plus important, c’est (1) la maîtrise de sa liste. Ce n’est pas un problème en soit de jouer une liste qui n’est pas « méta », pour autant que vous avez des réponses aux unités qui le sont actuellement. Pratiquer sa liste et la connaître sur le bout des doigts, c’est primordial.

Viennent ensuite (2) les objectifs et le déploiement, qui vont de pair selon moi. Tu dois savoir à l’avance comment tu vas aborder chaque mission avec chacune de tes unités. Par exemple, si je joue Intercepter les Transmissions avec deux véhicles capables de transporter des troupes, je sais déjà que l’un partira à gauche et l’autre à droite. Je n’ai même pas besoin d’y réfléchir : c’est automatique. Pourquoi ? Parce qu’avec l’expérience, j’ai compris que ces véhicules ont besoin d’espace. Quand tu joues des unités imposantes qui occupent beaucoup de place, tu apprends vite de tes erreurs. Par exemple quand tu bloques ton propre tank à cause du mauvais placement d’une autre unité précédemment. D’om cette importance d’avoir (3) un plan établi à l’avance, de mesurer les distances en amont et connaître précisément la portée de déplacement de tes unités est essentiel.

Une fois le jeu lancé, et que tu commences à exécuter ton plan, cela nous mène naturellement au (4) positionnement. Il est crucial pour s’adapter à l’adversaire: identifier ce que tu as comme unités et tes options en terme de portée. Une liste adverse qui contient des méga-squads ou une autre qui tourne avec 15-16 activations, ne se tacle pas de la même façon. Les autres éléments comme (5) l’économie d’activation, l’attrition et la phase de commandement s’imbriquent ensuite naturellement.

Penses-tu que devenir un excellent joueur exige de se consacrer à un seul wargame, ou est-il possible d’exceller dans plusieurs à la fois ?

C’est une évidence: se concentrer sur un seul jeu permet d’en maîtriser toutes les subtilités et les moindres détails des règles. Ceci dit, je suis convaincu qu’il existe de nombreux points communs entre les différents systèmes de jeu. Je pense donc que tu peux tout à fait être performant sur plusieurs jeux en parallèle, car la stratégie, l’anticipation et une compréhension instinctive des mécaniques se transfèrent d’un jeu à l’autre. Mon expérience personnelle va dans ce sens : je ne joue pas très souvent à A Song of Ice and Fire, et pourtant, lors des deux tournois auxquels j’ai participé, je suis resté invaincu. Cela tend à confirmer mon impression que les compétences tactiques fondamentales sont en grande partie universelles.

L’excellence britannique

Les joueurs britanniques dominent la scène Legion récemment (Titre mondial par équipe en 2025, fréquents top 8…). Comment expliques-tu cette force ?

ÉvénementRésultats
Mondiaux SWL 2023Lyla Claire 2e, Andrew Terrell 4e, Oliver Dier 5e (3 UK en top 8 et seulement 2 USA)
Mondiaux SWL 2024Oliver Dier vainqueur (Lyla n’a pas participé)
Mondiaux SWL 2025Oliver Dier 9e, Andrew Terrell 10e (Lyla n’a pas participé)
SWL Championnat Mondial par Équipe 2025 (WTC)UK vainqueur (avec Lyla Claire et Oliver Dier dans l’équipe), Andrew à l’organisation
Andrew Terrell, Oliver Dier and Lyla Claire

Je pense que c’est une combinaison de facteurs. Tout d’abord, le Royaume-Uni possède une très forte culture du wargame, avec des éditeurs comme Games Workshop, Warlord Games, Mantic ou encore Steamforged, dont la présence est incontournable. Cela encourage un plus grand nombre de personnes à s’investir dans ce hobby et à améliorer leur niveau de jeu. Nous avons également de nombreux jeux plus petits et locaux qui attirent des joueurs passionnés, ce qui contribue à constituer une base de joueurs solide.

Deuxièmement, je dirais que c’est aussi une question d’expérience acquise en allant jouer à l’étranger, probablement plus que des joueurs d’autres pays. S’exposer à différents styles de jeu et tournois permet de développer une connaissance approfondie du jeu. Je voyage pour ce hobby car j’ai le goût du défi. Par exemple, j’ai été en Pologne pour le Warsaw GT de 2025 (j’ai fini 6ème sur 72) car leur niveau est impressionnant. La France a aussi d’excellents joueurs (ils ont gagné le premier WTC après tout) mais je n’ai pas encore eu l’occassion de m’y frotter. J’espère pouvoir participer à l’un de leurs tournois prochainement.

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Le créateur de contenu

Tu as également eu un parcours d’écriture en parallèle de ta carrière compétitive. Tu as écrit pour Fifth Trooper entre 2022 et 2024, avec une approche très tactique : analyser les listes, décomposer le tour zéro, prendre des décisions tour par tour et donner le point de vue de l’organisateur sur la mise en place de la table. Avec du recul, qu’est-ce que l’écriture t’a le plus appris sur le jeu lui-même ?

L’écriture m’a appris à comprendre les raisons derrière mes victoires ou mes défaites. Devoir expliquer une décision par écrit oblige à structurer sa pensée et à vérifier si un choix était vraiment justifié ou simplement instinctif. C’est ce travail d’analyse qui m’a fait le plus progresser.

Selon toi, quel type de contenu manque le plus à l’industrie du wargaming actuellement ?

Je pense que ce qui manque le plus dans le wargaming aujourd’hui, ce sont des contenus tactiques qui vont au‑delà des simples résultats. Il est facile de trouver des listes performantes, mais très peu d’articles expliquent les compromis, les erreurs évitées ou les décisions clés prises pendant une partie. Selon moi, un rapport de bataille ne devient vraiment utile que lorsqu’il détaille le raisonnement derrière chaque choix important, plutôt que de se contenter de décrire ce qui se passe à l’écran.

Je dirais qu’il en va de même pour le point de vue d’un organisateur de tournoi. La disposition de la table, le terrain et les objectifs ont un impact énorme sur le déroulement du jeu, et pourtant on en parle jamais. Ce sujet est rarement exploré en profondeur. Expliquer pourquoi une table est équilibrée (ou non) est, selon moi, tout aussi instructif que d’analyser une liste.

Quel conseil donnerais-tu aux joueurs pros qui sont réticents à partager leurs stratégies et expliquer leur façon d’analyser Star Wars: Légion ?

Enseigner est la meilleure façon d’apprendre. En partageant vos idées, vos adversaires deviendront meilleurs, certes, mais cela te vous forcera à comprendre encore mieux le jeu. Si votre objectif est de continuellement progresser, alors expliquer vos choix, même imparfaitement, est un excellent moteur pour vous dépasser.

Ceci conclut notre interview. Je te remercie beaucoup pour ton temps et tes explications, Andrew. Il nous reste encore à parler de ton travail en tant qu’organisateur de tournois, qui est tout aussi impressionnant que tes exploits sur Legion, mais je te propose de garder cela pour un autre article !

Cet article a été écrit par :

Jack Brussell

Jack Brussell, la force vive de Touche Critique

J’ai découvert les jeux de figurines en 2020 grâce à Star Wars: Légion, et j’ai vite eu envie de partager mes analyses et stratégies avec d’autres passionnés. C’est ainsi qu’en janvier 2022 est né Touche Critique. Ce qui avait commencé comme un projet solo autour de Legion est devenu en 2025 une véritable aventure collective : À mesure que de nouveaux rédacteurs rejoignaient le projet et que j’explorais moi-même d’autres wargames, le site s’est ouvert à de nombreux autres jeux de figurines, touchant un public international toujours plus large.

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